Où il n'est bien sûr nullement question, ni d'automne, ni de Tokyo…

16 octobre 2005

Errare humanum est, recta scribendi ratio autem computatorius

Posté dans : Plomberie Littéraire, par Dave A. à 9:04
[audio:Ta_lettre.mp3]

Mon bien-aimé lectorat me faisait récemment remarquer un certain relâchement orthographique dans mon dernier billet, charitablement attribué à un éventuelle état diminué par la consommation d’alcool, voire de ces petites pilules qui font tout chaud ici en bas, et des gros trous là en haut.

Evidemment je pourrais jouer la carte linguistique, et me draper dans mon impécable maîtrise du dialecte en vigueur Outre-Manche, mais pour être honnête, même le plus abruti des fans de football peut écrire un anglais à peu près irréprochable. Alors que dans le cas de la langue française, il est légitime de se demander s’il sied à l’honnête homme de la pratiquer, tant elle regorge de mots à la graphie aussi chafouine qu’irrégulière. Bref, je l’avoue sans honte, l’orthographe française n’est pas la discipline où je brille le plus. Je m’empresse de tempérer cette confession en précisant que, à l’aune du standard post-scolaire moderne, je suis la réincarnation de Georges Perec. Mais sinon, c’est vrai, j’ai toujours eu du mal avec ces satanés doublement de consonnes intempestifs qui défient toute explication philologique sensée. Je voudrais pas polémiquer, mais du coté de Shakespeare, les manuels de conjugaison tiennent en trois pages et on écrit les mots comme ils se prononcent: ça fait gagner pas mal de temps.

Et je ne vous parle même pas des champs de mines plantés dans le seul but de réduire en charpie l’innocent promeneur linguistique à coup de « dictionary/dictionnaire », « address/adresse » et autres « apartment/appartement »… Il faudrait peut-être arrêter un jour de laisser à des émules de Bonaparte et Nelson le soin de figer leur langue respective d’un commun désaccord.

S’ajoutent aux authentiques fautes, les nombreuses coquilles plus ou moins freudiennes qui ne manquent jamais d’agrémenter mes textes, tapés en des états de sobriété variés. J’ai beau me forcer à de nombreuses relectures successives, de préférence avant ma vodka matinale, il est rarement possible d’atteindre la perfection, sans y passer un temps que je ne puis guère me permettre d’y consacrer.

Et pourtant, je suis moi même dénué de la moindre tolérance envers le laxisme linguistique de mon prochain. Lire un texte truffé de fautes est un exercice physiquement douloureux auquel je ne contrains que très rarement mes innocentes rétines (si vous connaissez des moyens moins dégradants de réviser la branchitude parisienne en vue d’une intégration forcée début décembre: je suis preneur). Pour beaucoup, le français se veut la langue des ébats romantiques par excellence: quoi de plus érotique après tout qu’une langue bien maniée vous caressant l’oreille. En revanche, je sais pas vous, mais moi: un accord du subjonctif bâclé ou l’une de ces inexcusables inversions entre participe passé et infinitif viendrait à bout de la plus priapique de mes érections. Fort heureusement pour le renouvellement des générations, la plupart des utilisateurs de téléphones portables ne semblent pas sensibles à ce problème.

Je fais et continuerai donc à faire de mon mieux en vue de vous offrir une orthographe impeccable sur ces pages, mais salue volontiers toute assistance dans cette direction. N’hésitez pas à me mettre métaphoriquement le nez dedans en pointant d’éventuelles fautes de frappe ou d’inculture qui auraient pu passer à travers les mailles éthyliquement élargies de mon attention très souvent vacillante à trois heures du matin quand j’appuie sur le bouton « Valider ». Notez tout de même qu’il n’est pas rare que je poste avant même ma première relecture et qu’il est donc préférable de me donner au moins 24 heures (temps moyen d’élimination complète de tout produit chimique pouvant affecter mes capacités rédactionnelles) avant de vous lancer dans la chasse aux errata.

Et pour finir, puisqu’on parle paradis artificiels… Une clarification s’impose, quitte à briser un mythe: dans leur vaste majorité, ces billets sont écrits dans ce qu’il conviendrait d’appeler un état de sobriété relative (tout ce qui se dissout dans le jus d’orange du petit déjeuner ne compte pas). En digne sujet de l’Empire, je garde sans difficulté ma contenance jusqu’à la cinquième rondelle de citron vert, au delà de laquelle j’évite de m’aventurer ces temps-ci. Et quand excés il y a, les résultats, quoique certainement fascinants d’un point de vue neuro-psychiatrique, risqueraient fort de décevoir les amateurs de Belles Lettres. Voyez-vous, en cas d’ébriété excessive: mon module linguistique, pour reprendre le terme en usage chez Chomsky, eh bien il déconne grave.

Dans la pratique, ça donne des phrases entières en français au milieu de mes conversation japonaises, et des tas de samourailleries dans mon français. Et si je m’essaie à une quatrième langue dans ces moments là, je ne vous raconte même pas… Dave attaquant sa deuxième bouteille de vodka et décidant de montrer qu’il a retenu quelques chose de ses dix laborieuses années d’allemand, ça donne l’équivalent linguistique du T-1000 plongé dans du métal en fusion qui passe en accéléré par quarante-cinq visages différents. Dans une moindre mesure, mon français tend à devenir un language secret dont on cherche toujours le jumeau censé le comprendre.

Quant aux pilules… Je vous invite à consulter ma Liste des choses à ne plus jamais faire sous ecstas, tatouée sur mon avant-bras gauche pour plus de facilité dans les moments où ça compte; entre No. 5 (« Acheter des billets d’avion ») et No. 7 (« Passer un coup de fil à papa maman »), nous avons donc No. 6: « M’adresser électroniquement au reste de la planète ».

Désolé donc. Mais si ça peut vous consoler: de ces oeuvres iconoclastes, réputées avoir été composées sous l’influence de produits psychédéliques ou psychotropes, peu ont du en réalité voir le jour accompagnées d’autre chose qu’un grand verre d’Evian et quelques compresses d’eau chaudes… Enfin on en reparlera une autre fois.

Aucun neurone n’a été blessé durant la rédaction de ce billet.

7 Comments »

  1. Il ne faut pas croire, le doublement des consonnes obéis à des règles, certes un peu ésotériques, mais existantes ; par exemple, « diction » est un nom finissant par un ‘n’ final, donc « dictionnaire » a deux « n ». Au contraire, normal, ‘l’ final, donc « normalement ». Pour les les mots en « ap », on double le « p » sauf exceptions (bien connues, comme « apercevoir »). Bon, c’est un peu lourd, même Kozlika avouait récemment avoir besoin d’un dico ^^. Perso, je fais ça un peu au feeling, et je me trompe très rarement.
    Mais heureusement, ce ne sont que des fautes d’orthographe, pas de grammaire, et tout comme les fautes de frappe, il existe un moyen fort simple de s’en rendre compte : aspell/ispell. Ces deux programmes (l’un étant un clone du second) permettent de corriger des mots. Exemple :palpatine@tuxtux:~% aspell -a 16:14@(#) International Ispell Version 3.1.20 (but really Aspell 0.60.2)dictionaire& dictionaire 6 0: diction aire, diction-aire, dictionnaire, dictionnaires, d’actionnaire, d’actionnaires
    Bien sûr, l’usage en console est dur à gérer, même si l’on peut piper un texte entier. Fort heureusement, des programmes l’intègrent de manière intelligente, par exemple le client de messagerie instantannée Gaim, qui met les mots erronés en rouge, et propose sous clic droit les corrections possibles. Et la suite KDE fait mieux : toutes les zones de texte ont la correction automatique ! Par exemple, j’écris ce commentaire sous Akregator, et les mots non reconnus sont mis en rouge. Et bien entendu, le génial Konqueror fait cela aussi. Le conseil est donc le suivant : pour bien parler Français (ou n’importe quelle langue supportée par aspell, sachant que même le québécois est prévu…), il suffit d’utiliser Konqueror 😉

    Comment par palpatine — 17 octobre 2005 @ 9:49

  2. Mais je ne doute pas que toutes les bizarreries orthographiques de la langue françaises n’obéissent à des règles, à quelques centaines de millions d’exceptions près, elles-même soumises à d’autres règles sauf pour quelques exceptions etc. etc. ad nauseam. Et je suis même conscient de quelques unes des raisons étymologiques qui y président (assimilation progressive, assimilation régressive, triple salto arrière, brouette japonaise etc.), mais comme vous l’aurez remarqué: le nombre d’exceptions à ces règles en rend l’utilité plus que douteuse. Sans rire: « littérature », mais « litéraire » !?!

    Quant au correcteur orthographique, cher Empereur, je vous soupçonne de ne pas avoir prêté suffisamment attention au titre même de ce billet (avec une dédicace spéciale au brillant Edouard) qui se voulait pourtant un discret rappel des bénéfices de la technologie moderne face aux faiblesses humaines. Et nul besoin de Konqueror, KDE ou d’impossibles commandes barbares pour cela: MacOS X me le fait très bien tout seul, dans toutes les zones de texte par défaut.

    Les temps, comme aurait dit Bob, ils n’en finissent pas de changer.

    Comment par dr Dave — 18 octobre 2005 @ 12:54

  3. Précisons que Safari est basé sur KHTML, issu directement du projet KDE, et base de Konqueror, Akregator, etc ;). Mac n’est pas libre mais en profite bien quand ça les arrange, autant dire que je ne les porte pas dans mon coeur… (c’est tout de même mieux que les autres détestables de chez Redmond, bien entendu)
    En ce qui nous concerne, il est vrai que le nombre d’exceptions linguistiques, dues à des tonnes d’histoires étymologiques particulières, sont vraiment horribles à la longue, mais d’un autre côté, n’est-ce pas le charme d’une langue (dans la limite du raisonnable) ? 😉 Qui plus est, venant d’un maître du nihongo, je ne peux que poser la question : pourquoi pr les dates met-on tsuitashi (1er du mois, pour ceux qui ne pratiquent pas) vs ichi-nichi (durée d’un jour), puis futsuka, mika, etc, jusqu’à tôôka (10), puis des formes en -nichi partout, sauf pour 14 et 24 (formes en -ka), et 20 (hatsuka). Je cite ça par mi d’autres, pour la simple raison que c’est ce qui me casse le plus les pieds ces temps-ci, mais le pire du pire, ce sont les adjectifs (tellement compliqué que je ne me lancerais pas dans des explications hasardeuses)… Bref, le japonais, de toute façon, c’est bien plus pire 😉

    Comment par palpatine — 18 octobre 2005 @ 3:16

  4. Dire que je me sens comme un interlocuteur quelque peu privilégié face à ce billet serait peu dire. Si je ne le lis pas comme un mail perso, c’est limite. Nombre de blogs sont tissés de fautes autant que la peau de leur rédacteur adolescent l’est de boutons. En ces lieux de chaos illettré cependant, jamais je ne laisse de commentaire relatif à la bonne forme de l’ecriture.
    Pourquoi ? Parce qu’ils s’en tapent les bougres. Et parce que je m’en contrefous tout autant. Il n’y a bien qu’à mon chouchou Brad-Pitt Deuchfalh qu’il m’arrive de temps à autre de faire remarquer un dérapage (en mail pour plus de discrétion). Pourquoi ? Parce que je l’aime tout simplement. J’aime son talent et sa sincérité.
    Cabriole linguistique pour vous dire ce que je ne vous dis pas. Mais que vous comprenez. Ou pas.
    Bien à vous.
    Et la bise à Noam.

    Comment par rhagnagna — 24 octobre 2005 @ 5:02

  5. Petite gâterie

    Quand vos yeux tombent sur une phrase telle : “En revanche, je sais pas vous, mais moi: un accord du subjonctif bâclé ou l’une de ces inexcusables inversions entre participe passé et infinitif viendrait à bout de la plus priapique de mes é…

    Rétrolien par Éloge de la fuite — 25 octobre 2005 @ 3:34

  6. Seigneur Palpatine,

    Robert, mon garde-chasse vient de me ramener ça: je crois que c’est à vous.

    On l’a trouvé coincé dans un piège-à-loup près des douves… Vous nous excuserez: Robert l’a un peu abîmé avec son gourdin, mais la bestiole était vraiment agité et ses borborygmes gutturaux étaient aussi incompréhensibles que fatigants.

    On vous le rend: il est un peu pustuleux comme troll, mais je suppose qu’en l’astiquant un peu, il doit pouvoir faire une descente de lit originale.

    Sinon je n’ai jamais dit que la langue japonaise était facile à maîtriser, mais il y a bien une raison pour laquelle je n’écris pas mes billets kilométriques en japonais. En outre, mis à part les quelques règles que vous citez en exemple, ni la grammaire, ni l’orthographe ne sont vraiment d’une difficulté comparable à celles du français.

    Rhagnagna,

    Il était bien entendu que je ne prenais pas le moindre ombrage de votre remarque. Bien au contraire, je vous invite cordialement et sans complexe à m’aider à conserver à ces pages leur orthographe immaculée, en indiquant au besoin toute erreur qui serait parvenu à échapper à ma vigilance: notre équipe rédactionnelle n’aura rien de plus pressé que d’y remédier dans les plus brefs délais.

    Comment par dr Dave — 28 octobre 2005 @ 6:57

  7. […] Bon. Y’en a marre. Marre d’empiler les brouillons inachevés pour cause de virgule ankylosée à mi-phrase. Marre de passer des heures à me relire pour vérifier que mon orthographe est bien en conformité avec les dernières dispositions du 342è Concile du Collectif des Violeurs de Drosophiles en Réunion du Quai Conti. Marre de ressasser les paragraphes dans ma tête jusqu’à que j’en sois trop écoeuré pour écrire la moindre ligne. Marre de faire des efforts. […]

    Ping par L’Automne à Paris » La Dernière minute (pt. 2) — 26 janvier 2007 @ 4:20

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et ignotas animum dimittit in artes